Bien qu'elle appartienne au même genre que le Ma Huang (Ephedra sinica), célèbre pour sa forte teneur en éphédrine, Ephedra nevadensis n'en contient pas de quantité significative. Cette absence de principe stimulant puissant n'a pourtant pas empêché la plante de jouer un rôle important dans la vie des populations du désert nord-américain.
Connue sous les noms de Nevada ephedra, gray ephedra, Mormon tea ou Nevada jointfir, cette plante appartient à la famille des Ephedraceae, au sein de l'ordre des Ephedrales et de la classe des Gnetopsida, un groupe de gymnospermes distinct des conifères. Elle pousse dans les zones arides de l'ouest de l'Amérique du Nord et son statut de conservation est évalué comme préoccupation mineure par l'UICN.
Son intérêt tient autant à son mode de vie extrême, adapté aux déserts les plus secs, qu'à la longue histoire d'usages qu'elle partage avec les peuples autochtones et les colons mormons, qui lui ont valu son surnom de « thé du désert ».
Identification et Apparence
Le trait le plus reconnaissable d'Ephedra nevadensis est l'absence quasi totale de feuilles : la plante photosynthétise grâce à ses tiges vertes, fines et articulées, disposées en nœuds successifs qui lui donnent son allure de jonc ligneux, d'où le nom de « jointfir ». Cette teinte vert-grisâtre des rameaux est à l'origine de son autre nom commun, gray ephedra.
La plante se présente sous la forme d'un arbuste bas et touffu, formé de tiges dressées ou étalées. Faute de feuillage développé, ses organes reproducteurs en forme de petits cônes portés directement sur les tiges deviennent des repères importants pour distinguer les individus mâles des individus femelles, ces derniers étant morphologiquement séparés au sein de l'espèce.
Distribution et Habitat
Ephedra nevadensis occupe une large bande aride de l'ouest de l'Amérique du Nord, s'étendant de la Californie et de l'Oregon à travers le Grand Bassin et le plateau du Colorado jusqu'au Texas et à la Basse-Californie. Elle pousse principalement en altitude modérée, entre 610 et 2 150 mètres, le plus souvent en dessous de 1 350 mètres, sur des pentes et des collines sèches, plus rarement en terrain sableux plat.
L'espèce prospère sur des sols rocailleux et peu profonds, souvent d'origine calcaire, et tolère bien la salinité, ce qui explique sa présence fréquente en bordure des déserts salés. Elle ne supporte en revanche aucune acidité du sol et se contente de précipitations annuelles très faibles, de l'ordre de 178 millimètres seulement.
On la trouve dans une grande variété de communautés végétales : steppes à armoise, broussailles désertiques, chaparral, et surtout les boisements de pins pignons et de genévriers (Pinus-Juniperus), où elle codomine parfois avec le pin pignon du Colorado ou diverses graminées comme l'orge des rats ou la galleta. Elle croît généralement en individus dispersés ou en petits bosquets, mais forme aussi, plus rarement, de vastes peuplements purs, notamment dans la zone de transition entre les déserts du Mojave et du Grand Bassin.
Les observations naturalistes disponibles montrent un pic net au printemps, avec un maximum en avril, suivi de près par mars et mai. Ces données reflètent une présence saisonnière plus marquée à cette période, probablement liée à la floraison et à la formation des cônes, mais elles ne renseignent ni sur l'abondance réelle de la plante ni sur l'étendue complète de son aire de répartition.

Reproduction et Cycle de Vie
La floraison, ou plus précisément la formation des cônes, a lieu de fin d'hiver au milieu du printemps, avec une pollinisation qui s'étend de mars à juin ; les graines mûrissent ensuite entre mai et août, sans être produites chaque année. Ephedra nevadensis est pollinisée par le vent, une stratégie facilitée par l'absence de feuillage qui laisse le pollen circuler plus librement entre les tiges.
Un trait singulier de l'espèce est la répartition spatiale de ses individus selon le sexe : les plants mâles poussent préférentiellement dans les zones les plus sèches, tandis que les plants femelles occupent les sites plus humides, une disposition qui augmenterait la production de graines. Les cônes et graines combinent des caractères adaptés à la fois à la dispersion par le vent et à la dispersion par les animaux, notamment les rongeurs, qui contribuent à disperser les graines dans la nature.
La reproduction sexuée reste la voie principale de multiplication, mais la plante peut aussi être propagée par semis, boutures ou transplantation. Les graines, une fois collectées, se sèment facilement, ce qui facilite sa culture en dehors de son habitat naturel.
Écologie et Interactions
Ephedra nevadensis s'intègre dans une grande diversité de milieux arides : steppes arbustives, déserts de broussailles, boisements clairs et même les marges des déserts salés. Sa capacité à s'installer dans des sols pauvres et peu profonds, souvent calcaires, en fait un élément stable de plusieurs communautés végétales du Grand Bassin et du désert du Mojave.
Le feu constitue une menace occasionnelle mais peu fréquente pour l'espèce, précisément parce que l'absence de feuillage limite la quantité de combustible disponible. La capacité de la plante à se régénérer après un incendie dépend directement de la durée de la saison de combustion et de la sévérité du feu, deux facteurs qui déterminent si les individus repoussent ou disparaissent localement.
Usages et Relations avec l’Homme
Ephedra nevadensis occupe une place importante dans les traditions des peuples autochtones de l'Amérique du Nord, qui l'utilisaient à la fois comme aliment, sous forme de farine, et comme remède, préparé en infusion. Les colons mormons en faisaient une boisson chaude, ce qui lui a valu le surnom durable de « Mormon tea ».
Chez les Zuñis, une infusion de la plante entière, à l'exception de la racine, était employée contre la syphilis et servait également de boisson proche du thé. Plus largement, les tiges récoltées étaient utilisées pour lutter contre la rétention d'eau, purifier le sang, et traiter des affections telles que la gonorrhée, les débuts de syphilis, les plaies cutanées, les troubles rénaux et certains symptômes respiratoires comme l'asthme. Ne contenant pas de quantités significatives d'éphédrine, contrairement à d'autres espèces du genre, son usage reste toutefois limité à des soins domestiques mineurs plutôt qu'à un usage clinique reconnu.
Aujourd'hui, son emploi principal est le fourrage pour les bovins et les ovins, bien qu'elle convienne moins aux chevaux, ainsi que son rôle dans les programmes de restauration d'habitats dégradés. Elle est aussi parfois cultivée à des fins ornementales.
Le saviez-vous ?
- Les graines d'Ephedra nevadensis combinent des traits adaptés à la fois à la dispersion par le vent et par les animaux, une caractéristique qui la place parmi les trois types de stratégies de dispersion identifiées chez les espèces d'Ephedra du sud-ouest américain.
- Une étude comparant sa valeur nutritionnelle à celle du foin d'orchidée (Dactylis glomerata) et du brome des toits (Bromus tectorum) a classé la plante deuxième en azote ammoniacal et première en pH ruminal parmi les trois fourrages testés.
- Des essais de toxicité menés sur des animaux d'élevage gestants n'ont révélé aucun effet néfaste, ni chez la mère ni chez le fœtus, après consommation de la plante.
- Malgré son appartenance au genre Ephedra, réputé pour l'éphédrine du Ma Huang asiatique, cette espèce n'en contient pas de quantité significative.
- L'espèce pousse le plus souvent en individus dispersés ou en petits bosquets, mais forme parfois de vastes peuplements purs et isolés.
Statut de conservation
- LC
- NT
- VU
- EN
- CR
Préoccupation mineure
Écologie
Habitat
- Zone boisée
- Broussaille
- Prairie
- Désert
Port
- Arbuste



