Une grande partie des faisans que l'on observe aujourd'hui en Europe, en Amérique du Nord ou en Australie ne sont pas des oiseaux sauvages d'origine locale. Ils descendent de lâchers répétés et d'hybrides entre sous-espèces. Le faisan de Colchide, Phasianus colchicus, appartient à la famille des Phasianidés, dans l'ordre des Galliformes.
Son nom de genre vient du latin phasianus, qui désigne le faisan. L'épithète colchicus renvoie à la Colchide, région de la mer Noire où les Européens ont d'abord découvert ces oiseaux. Son aire d'origine s'étend de l'est de la mer Noire et de la mer Caspienne jusqu'à la Mandchourie, la Sibérie, la Corée, la Chine et Taïwan. L'espèce est classée en préoccupation mineure par l'UICN.
L'espèce intéresse les naturalistes pour son histoire mouvementée : elle a été transportée et relâchée sur presque tous les continents. Ses populations actuelles mélangent souvent les lignées d'origine.
Identification et Apparence
La meilleure marque d'identification du mâle adulte est sa tête vert bouteille surmontée d'une petite huppe, avec des joues rouges bien visibles. Le corps est barré d'or vif ou de cuivre roux, lustré de reflets verts et violets, et la queue longue est rayée de brun et de noir. Un mâle mesure entre 60 et 89 cm de long, dont près de 50 cm de queue.
Le poids de l'espèce varie de 0,5 à 3 kg. Les mâles pèsent en moyenne 1,2 kg et les femelles 0,9 kg. Une envergure de 56 à 86 cm est indiquée pour l'ensemble des individus.
La femelle et les jeunes sont beaucoup plus discrets, avec un plumage brun mélangé, et mesurent entre 50 et 63 cm. Les jeunes mâles prennent leurs couleurs caractéristiques vers l'âge de 10 semaines, sur la poitrine, la tête et le dos.
Le faisan vert (Phasianus versicolor) ressemble beaucoup au faisan de Colchide, et les oiseaux d'élevage hybrides sont souvent difficiles à identifier. Le faisan vert a une queue plus courte, une poitrine et un ventre vert bouteille uniforme, et il n'a jamais de collier blanc. Sa femelle est plus sombre et porte de nombreux points noirs sur la poitrine et le ventre.
Des mutations de couleur existent, surtout les formes mélaniques noires et les formes isabelle ou fauves. Les variantes presque blanches ou presque noires des mâles viennent en grande partie de l'élevage en captivité.
Distribution et Habitat
Le faisan de Colchide est originaire d'Asie et de certaines parties d'Europe. Il occupe la zone située entre la mer Noire, la mer Caspienne, la Mandchourie, la Sibérie, la Corée, la Chine et Taïwan. Dans la région du Caucase, la sous-espèce locale P. c. septentrionalis subsiste pure autour du cours inférieur du fleuve Samur.
Dans les Balkans, les dernières populations survivent dans la forêt riveraine de Kotza-Orman, sur le Nestos, en Grèce. On y estime la population à 100–200 oiseaux adultes. En Bulgarie, l'espèce a disparu dans les années 1970 après des hybridations avec des sous-espèces orientales introduites.
Hors de son aire d'origine, l'espèce est introduite en Europe (sauf à l'extrême sud-est où elle est indigène), en Amérique du Nord, au Japon et en Nouvelle-Zélande. Elle est aussi présente à Hawaï, au Chili, en Uruguay, au Pérou, en Argentine, au Brésil, en Afrique du Sud et en Australie. Les introductions dans l'hémisphère Sud ont surtout échoué, sauf là où les Galliformes locaux sont rares ou absents.
L'espèce fréquente les prairies, les terres agricoles, les haies, les fossés, les marais et les bords de cours d'eau. Elle s'accommode des sols secs comme humides et vit de 0 à 3 353 m d'altitude. Les cultures trop vastes et trop nues ne lui conviennent pas. Les observations atteignent leur maximum en avril et en mai.

Comportement et Mode de Vie
Les faisans de Colchide sont sociables. En automne, ils se rassemblent parfois en grands groupes dans les zones où nourriture et couvert sont abondants. Ces groupes hivernaux peuvent compter jusqu'à 50 oiseaux, mixtes ou formés d'un seul sexe. Pendant la saison de reproduction, un mâle regroupe un harem de femelles.
L'espèce est surtout sédentaire, mais les populations du nord peuvent se déplacer lorsque le froid les pousse vers des conditions plus douces. Au printemps, la dispersion se fait progressivement, et les mâles partent les premiers. Les domaines vitaux sont plus étendus pendant la nidification que pendant l'hiver, et les femelles ont souvent un domaine plus vaste que celui des mâles. Ils mesurent de 0,8 à 3,2 km² selon les situations.
L'oiseau passe l'essentiel de son temps au sol. Il court vite, avec une démarche caractéristique en parade. Il roupille au sol ou perché dans les arbres. Pendant le repas, la queue reste horizontale, tandis qu'elle se relève à environ 45 degrés en course.
Les faisans prennent la fuite lorsqu'ils sont menacés. Ils volent bien, et peuvent décoller presque à la verticale, en produisant un bruit d'ailes caractéristique. Les mâles lancent souvent un cri rauque au décollage. Ils prennent aussi des bains de poussière, en balayant sable et terre sur leur plumage, ce qui élimine l'excès de graisse et les vieilles plumes.
Communication
Le cri le plus connu est celui du mâle, un « korrk-kok » sonore, rauque et perçant, à deux temps, dont la dernière syllabe est sèche et détachée. Le mâle le lance pour défendre son territoire de chant et pour attirer les femelles, surtout à l'aube, au crépuscule et pendant la saison des amours. Dans les zones agricoles, il peut s'entendre à plus d'un kilomètre, et il ressemble beaucoup au chant du coq.
Lorsqu'il est alarmé, l'oiseau émet des notes rauques et croassantes. Les femelles s'expriment plus discrètement et sont moins faciles à entendre.
Dans les parades, le mâle utilise des signaux visuels. Il avance lentement en demi-cercle devant la femelle, la tête basse, une aile tombante et le fanon dressé. Les mâles se battent aussi à coups de bec et de sauts.
Régime Alimentaire et Nutrition
Le faisan de Colchide est un généraliste. Son régime comprend des végétaux variés, comme des grains, des graines, des pousses et des baies, mais aussi des insectes et de petits invertébrés. Il se nourrit surtout au sol, où il gratte la végétation basse avec son bec. Il s'alimente principalement tôt le matin et en fin de journée.
Les cultures agricoles tiennent une grande place dans son alimentation. Il consomme du maïs, du blé, de l'orge et du lin. Parmi les graines d'adventices, on compte celles de sétaire, d'ambroisie et de tournesol. Il mange aussi des fruits sauvages comme la vigne sauvage, les pommes sauvages et les mûres.
La part animale comprend des sauterelles, des chenilles, des grillons et des escargots. Les jeunes en consomment beaucoup pendant leur croissance, car les insectes leur apportent les protéines nécessaires. Les petits vertébrés, comme les lézards, les campagnols et les petits oiseaux, ne représentent qu'une part occasionnelle du régime.
Nidification et Reproduction
La saison de reproduction commence au milieu du mois de mars et se prolonge jusqu'en juin. Au printemps, les mâles établissent des territoires de chant. Ces territoires sont relatifs et n'ont pas de limites nettes. Les femelles, elles, ne défendent pas de territoire. Un mâle peut avoir un harem de 2 à 18 femelles. Chaque femelle forme une union saisonnière avec un seul mâle territorial, et les mâles établis tôt dans la saison dominent ceux qui arrivent plus tard.
Les femelles choisissent souvent les mâles dominants, capables de les protéger. Elles préfèrent les longues queues, les longues huppes et les points noirs sur les fanons. L'éclat général du plumage ne joue pas de rôle. La parade latérale, qui précède souvent l'accouplement, est le signal le plus efficace.
La femelle creuse une petite dépression dans le sol, bien couverte, et la garnit de végétaux. Elle pond un œuf par jour, jusqu'à 7 à 15 œufs, pour une moyenne d'environ 10. Lorsque deux femelles pondent dans le même nid, la couvée peut être plus grosse. La femelle couve la plupart de la journée, et ne quitte le nid que le matin et le soir pour se nourrir. L'incubation dure en moyenne 24 jours. La femelle assure seule la couvaison et l'éducation des jeunes.
Les poussins sont nidifuges : ils sont couverts de duvet, ont les yeux ouverts et quittent le nid quelques heures après l'éclosion. Ils suivent la mère pour trouver leur nourriture et s'alimentent seuls. Ils savent voler vers 12 à 14 jours et restent avec la mère de 70 à 80 jours, jusqu'à leur indépendance. Les femelles atteignent la maturité à un an, comme les mâles.
Phasianus colchicus ne se reproduit qu'une fois par an. Il peut vivre jusqu'à , mais cette longévité maximale a été observée surtout en captivité.
Population et Rôle Écologique
Le faisan de Colchide est une proie pour les grands carnivores. Il joue aussi le rôle d'insectivore et contribue donc à réguler les populations d'insectes. En consommant des graines, il participe à leur dispersion.
L'espèce pose aussi problème aux espèces voisines. Il pratique le parasitisme de nid, c'est-à-dire qu'il dépose ses œufs dans le nid d'autres oiseaux. Il peut ainsi nuire au tétras des prairies et à la perdrix grise. Au Kansas, ce parasitisme touche le tétras des prairies : il augmente lorsque les sites de nidification se raréfient. Les œufs du faisan éclosent plus tôt que ceux du tétras, et la mortalité embryonnaire augmente dans les nids parasités.
L'espèce entre aussi en compétition avec les colins et les perdrix pour l'habitat et la nourriture. Elle peut transmettre la maladie de la tête noire, qui affecte fortement le grand tétras, la perdrix choukar et la perdrix grise. Dans une étude de 1979, les faisans ont gagné 78 % des affrontements avec les tétras des prairies.
Conservation et Menaces
L'UICN classe le faisan de Colchide en préoccupation mineure. L'espèce est largement répandue et se reproduit facilement en captivité, ce qui explique sa présence sur de nombreux continents.
Les principales menaces tiennent à l'agriculture intensive. Les haies disparaissent, les bords de champs sont supprimés, et les monocultures se développent. Les pesticides, le morcellement des habitats et la prédation accrue sont aussi cités. Aux États-Unis, les populations ont décliné depuis trente ans, surtout dans les zones agricoles. Pour l'espèce, les cultures récentes sont moins favorables que les anciennes, comme l'orge.
Les lâchers d'élevage posent un autre problème. Au Royaume-Uni, environ 50 millions de faisans élevés en captivité sont relâchés chaque été, et la plupart meurent avant un an. Les hybridations avec le faisan vert et les sous-espèces importées transforment le patrimoine génétique des populations locales, comme en Bulgarie.
Au Royaume-Uni, des travaux de recherche visent à améliorer le succès de reproduction des oiseaux élevés. L'objectif est de réduire le nombre de lâchers et de renforcer les populations sauvages.
Signification Culturelle
Le nom de genre Phasianus vient du latin phasianus, lui-même issu du grec phāsianós, qui désigne un oiseau du fleuve Phase, l'actuel Rioni en Géorgie. Selon la mythologie classique, c'est là que les Argonautes auraient aperçu ces oiseaux. Carl Linné a introduit le genre en 1758, dans la dixième édition du Systema Naturae, et désigné Phasianus colchicus comme espèce type.
L'oiseau est surtout exploité comme gibier de plaine. Il est très présent dans les chasses, et des faisans d'élevage sont proposés aux chasses privées et aux restaurants. Les particuliers en achètent aussi en moindre quantité.
L'élevage du faisan est fréquent et souvent pratiqué de manière intensive, avec de graves effets sur les espèces sauvages voisines.
Le saviez-vous ?
- Les poussins quittent le nid quelques heures seulement après l'éclosion, et ils se nourrissent seuls dès leurs premiers jours.
- Une étude réalisée en 1979 a donné aux faisans la victoire dans 78 % des affrontements avec le tétras des prairies.
- Le faisan de Colchide est aujourd'hui présent à Hawaï, un archipel tropical où il s'est installé malgré le climat humide.
Photos
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Écologie et classification
Comportement
- Territorial
- Sociale
- Diurne
- Migrateur
Régime alimentaire
- Omnivore
Classification
- Embranchement
- Chordata
- Classe
- Aves
- Ordre
- Galliformes
- Famille
- Phasianidae
- Genre
- Phasianus
- Espèce
- Phasianus colchicus
Sources
- GBIF Species names and classification
- iNaturalist Photos
- Wikidata Common names and conservation status
- Wikipedia Summary extract
- Encyclopedia of Life Habitat, diet and behavior traits
- Animal Diversity Web Animal habitat, behavior and diet
- AnAge Longevity



