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Macareux moine

Fratercula arctica

VUVulnérable
Un macareux moine adulte debout sur une falaise herbeuse, avec un bec triangulaire orange et gris, un plumage noir et blanc, et des pattes orange vif.Photo : via iNaturalist, licensed under CC0 1.0., CC0

Mesures

Poids
0,491–0,491 kg
Durée de vie
≤ 45 ans
Classification
Embranchement
Chordata
Classe
Aves
Ordre
Charadriiformes
Famille
Alcidae
Genre
Fratercula
Espèce
Fratercula arctica

Avec une population mondiale estimée entre 9,5 et 11,6 millions d'adultes en Europe seule, le Fratercula arctica devrait être un modèle de stabilité. Pourtant, ses effectifs ont chuté si rapidement dans certaines régions que l'espèce a été reclassée par l'UICN, passant du statut de préoccupation mineure à celui de vulnérable.

Ce petit oiseau marin de la famille des Alcidés est le seul macareux originaire de l'océan Atlantique, ses cousins le macareux huppé et le macareux cornu vivant dans le Pacifique nord. Il se reproduit sur les côtes rocheuses allant de la Russie à l'Islande, en passant par la Norvège, le Groenland, Terre-Neuve et jusqu'en Bretagne.

Son allure débonnaire sur terre, avec sa démarche dressée typique des Alcidés, contraste avec sa vie presque entièrement passée en pleine mer, où il plonge pour chasser en utilisant ses ailes comme des rames sous l'eau.

Identification et Apparence

Le trait le plus reconnaissable du macareux moine est son bec triangulaire multicolore : orange-rouge vers la pointe, gris ardoise vers la base, séparé par une crête jaune en forme de chevron, avec une rosette jaune et charnue à la jonction des deux mandibules. Vu de côté, ce bec paraît large et massif, mais il devient étonnamment étroit lorsqu'on l'observe de dessus.

L'oiseau mesure de 28 à 30 cm de longueur, pour une envergure de 47 à 63 cm, et se tient debout à environ 20 cm de hauteur sur ses pattes courtes placées très en arrière du corps. Son poids moyen avoisine 490 g. Le mâle est généralement un peu plus grand que la femelle, mais les deux sexes partagent le même plumage : calotte, nuque, dos, ailes et queue d'un noir brillant, complétés par un large collier noir autour du cou et de la gorge, tandis que le ventre et la poitrine restent blancs. De chaque côté de la tête se déploie une grande zone triangulaire de gris très pâle, presque jointive à l'arrière du crâne, qui donne au regard une allure presque triangulaire renforcée par une petite excroissance de peau bleu-gris au-dessus de l'œil.

Les pattes et les larges pieds palmés, d'un orange vif, contrastent avec des griffes noires acérées. En fin de saison de reproduction, le plumage noir perd son éclat et prend parfois une teinte légèrement brune. À l'automne, l'oiseau subit une mue partielle : les plaques cornées colorées du bec tombent, la base devient plus grise, les ornements de l'œil disparaissent et le visage s'assombrit, un plumage hivernal que les humains observent rarement puisque l'oiseau reste alors loin des côtes.

Les juvéniles se distinguent par un plumage plus terne, un visage gris beaucoup plus sombre et un bec à la pointe jaune-brun, plus étroit que celui de l'adulte. Après l'envol, le jeune gagne le large et ne revient à terre que plusieurs années plus tard ; chaque année qui passe, son bec s'élargit, ses zones faciales pâlissent et ses pattes et son bec deviennent plus vifs, jusqu'à l'aspect adulte complet.

Distribution et Habitat

Le macareux moine occupe les eaux froides de l'Atlantique Nord, avec plus de 90 % de la population mondiale nichant en Europe : entre 4 770 000 et 5 780 000 couples, soit environ 9,5 à 11,6 millions d'adultes. L'Islande seule abrite 60 % des macareux du monde, avec cinq millions de couples reproducteurs, ce qui en fait l'oiseau le plus abondant du pays. La plus grande colonie de l'Atlantique occidental, avec plus de 260 000 couples, se trouve à la réserve écologique de Witless Bay, à Terre-Neuve-et-Labrador.

D'autres colonies importantes se répartissent sur les côtes nord et ouest de la Norvège, aux îles Féroé, aux Shetland et aux Orcades, sur la côte ouest du Groenland et à Terre-Neuve, avec des effectifs plus modestes ailleurs dans les îles Britanniques, dans la région de Mourmansk en Russie, à Novaïa Zemlia, au Spitzberg, au Labrador, en Nouvelle-Écosse et dans le Maine. L'espèce préfère nettement les îles aux sites continentaux pour se reproduire, probablement pour échapper aux prédateurs terrestres.

Pour la nidification, l'oiseau choisit des falaises herbeuses jusqu'à 218 mètres d'altitude, où il creuse avec son bec un terrier long de 70 à 110 cm, garni de plumes et d'herbes. En dehors de la saison de reproduction, il erre sur une aire océanique gigantesque de 15 à 30 millions de km², descendant en été jusqu'au nord de la France et au Maine, et en hiver jusqu'à la Méditerranée et la Caroline du Nord. Un oiseau équipé d'un géolocalisateur a ainsi parcouru 7 700 km en huit mois entre le Labrador et l'Atlantique moyen.

Les comptages mensuels d'observations montrent un pic très marqué entre mai et août, avec un maximum en juin, ce qui correspond à la présence des oiseaux sur leurs sites de reproduction côtiers ; ces chiffres restent des observations de présence et ne renseignent ni sur l'abondance réelle ni sur l'ensemble de l'aire de répartition, la majeure partie de la vie de l'espèce se déroulant en mer, hors de portée des observateurs.

Carte des observations enregistrées de Fratercula arctica
Où l’espèce a été observée · GBIF
82 082
janv.févr.marsavr.maijuinjuil.aoûtsept.oct.nov.déc.
Comptages mensuels d'occurrences · GBIF

Comportement et Mode de Vie

Le macareux moine mène une double vie : grégaire et bruyant sur ses colonies de reproduction, il devient solitaire et presque silencieux une fois au large. En mer, il flotte comme un bouchon, se propulse à coups de pattes puissants et fait toujours face au vent, même en apparence endormi ; il consacre chaque jour un temps important au lissage de son plumage pour maintenir son isolation thermique et étaler l'huile de sa glande uropygienne.

Au décollage, l'oiseau patine sur l'eau en battant vigoureusement des ailes avant de s'élever, puis vole en ligne droite à basse altitude, généralement autour de 10 m au-dessus des vagues, à une vitesse pouvant atteindre 80 km/h grâce à des battements d'ailes très rapides, plusieurs par seconde. L'atterrissage reste maladroit, se terminant souvent par un plat ventre dans l'eau calme ou une collision avec une crête de vague. Chaque année, entre janvier et mars, l'oiseau perd toutes ses plumes primaires en une seule fois, ce qui le rend incapable de voler pendant un à deux mois, une période qu'il passe entièrement en mer.

Au printemps, les adultes regagnent leur colonie natale, souvent le terrier même de l'année précédente, par fidélité au site plutôt qu'au partenaire. Les colonies se divisent en sous-groupes séparés par des obstacles naturels comme des fougères ou des ajoncs ; les premiers arrivants s'installent sur les meilleures pentes herbeuses proches du bord des falaises, facilitant l'envol, tandis que les retardataires et les jeunes non reproducteurs se retrouvent repoussés vers la périphérie, plus exposée aux prédateurs.

Les mâles défendent activement leur terrier, un territoire de 1 à 2,75 m² en moyenne, à l'aide d'une démarche hostile exagérée appelée « marche du pélican », tête rentrée et corps dressé, signal destiné à faire reculer un intrus. La dominance se traduit aussi par une posture dressée, les plumes du poitrail gonflées et la queue relevée, accompagnée de hochements de tête et de bâillements du bec.

Communication

Le macareux moine reste discret en mer, où il n'échange presque aucun signal avec ses semblables, hormis un doux ronronnement parfois émis en vol. C'est au fond de son terrier, sur la colonie, qu'il devient bruyant : il y émet un grondement sourd et grave, comparé au bruit d'une tronçonneuse qu'on démarre, un son quasiment absent en surface.

Le canal visuel joue un rôle central dans la reproduction : les couleurs vives du bec et du visage, particulièrement marquées chez le mâle, permettent aux deux sexes de juger la qualité d'un partenaire potentiel, les individus les plus colorés attirant les partenaires les mieux assortis.

Le contact physique complète ces signaux : les couples établis pratiquent le « billing », un geste consistant à entrechoquer et frotter leurs becs à répétition, qui sert à la fois à sceller le lien du couple et à marquer leur territoire commun autour du terrier.

Chasse et Régime Alimentaire

Pour capturer ses proies, le macareux moine prend d'abord de l'altitude en vol avant de plonger dans l'eau, où il utilise ses ailes comme des rames pour se propulser et poursuivre les poissons sous la surface. Cette technique de chasse lui permet de ramener jusqu'à une douzaine de petits poissons à la fois, alignés dans son bec grâce à des aspérités qui les retiennent.

Son régime, strictement piscivore, repose sur le lançon (Ammodytes), le capelan (Mallotus villosus), le hareng (Clupea harengus) et l'esprot (Hyperoplus), complété occasionnellement de crustacés donnés aux poussins. Les parents redoublent d'efforts durant l'élevage des jeunes, allant chercher de la nourriture jusqu'à quarante fois par jour pour nourrir un unique poussin au fond du terrier.

Lors de ses longs déplacements en haute mer, l'oiseau peut boire de l'eau salée, une capacité physiologique qui lui permet de s'hydrater loin de toute source d'eau douce pendant ses traversées de l'Atlantique.

Nidification et Reproduction

La saison de reproduction débute en fin de printemps, plus tôt dans les colonies méridionales, où la ponte commence en avril, que dans les colonies du Groenland, où elle ne survient guère avant juin. Les partenaires, unis pour la vie par fidélité au site plutôt qu'à l'individu, renouent leur lien par le « billing », geste répété d'entrechoquement des becs, tandis que les deux oiseaux collaborent au creusement ou à la remise en état du terrier, l'un évacuant la terre à coups de pattes tandis que l'autre monte la garde à l'entrée.

La femelle pond un unique œuf blanc par saison, assez volumineux, mesurant environ 61 mm sur 42 mm pour un poids d'environ 62 g ; en cas de perte précoce, un œuf de remplacement peut parfois être produit. L'incubation, partagée par les deux parents grâce à des plaques incubatrices sur leur ventre, dure de 39 à 45 jours, le parent de garde somnolant la plupart du temps dans l'obscurité du terrier.

À l'éclosion, le poussin, couvert d'un duvet noir et duveteux, se tient déjà debout et voit clair. Il gagne d'abord environ 42 g, puis grossit d'environ 10 g par jour, nourri au bec à bec les premiers jours puis simplement par des poissons déposés à ses côtés qu'il avale entiers. Durant cette période, le mâle protège surtout le terrier tandis que la femelle assure l'essentiel des trajets de pêche, parcourant parfois jusqu'à 66 km en mer pour ramener de la nourriture.

Le jeune prend son envol entre 38 et 50 jours après l'éclosion, devenant alors immédiatement indépendant : ses parents cessent tout investissement à son égard. Il passe ensuite deux à six années en mer avant de revenir à terre pour s'y reproduire à son tour, la maturité sexuelle survenant en moyenne vers cinq ans chez les deux sexes.

Population et Rôle Écologique

La population mondiale de macareux moine était estimée entre 12 et 14 millions d'adultes en 2018, dont plus de 90 % vivent en Europe, l'Islande concentrant seule 60 % de l'effectif planétaire avec cinq millions de couples nicheurs. Cette abondance en fait un maillon important des écosystèmes marins côtiers de l'Atlantique Nord, où l'espèce consomme en grande quantité petits poissons et invertébrés marins comme mollusques et crustacés.

L'oiseau entretient une relation particulière avec les labbes (famille des Stercorariidae), qui le poursuivent en vol pour lui voler les poissons qu'il transporte dans son bec vers son poussin ; cette interaction, non mutualiste mais non plus véritablement nuisible, illustre la pression de kleptoparasitisme que subissent les colonies. Le macareux héberge par ailleurs des parasites propres à ses terriers, notamment des acariens des plumes (Dermanyssus gallinae), des puces et la tique Ixodes uriae, présents aussi bien chez les adultes que chez les poussins.

En mer, les phoques et certains gros poissons peuvent tuer des macareux, tandis qu'à terre, les principales menaces viennent du ciel : le goéland marin (Larus marinus) et le grand labbe (Stercorarius skua) s'attaquent aux oiseaux en vol ou isolés au sol, tandis que des goélands plus petits se contentent de voler œufs et poussins égarés près de l'entrée des terriers.

Conservation et Menaces

Le macareux moine est classé « Vulnérable » sur la Liste rouge de l'UICN depuis 2015, un reclassement dû à un déclin rapide et continu constaté dans son aire de répartition européenne, alors que l'espèce était auparavant considérée comme de préoccupation mineure. Les tendances hors d'Europe restent mal connues, mais le déclin européen pourrait atteindre 50 à 79 % entre 2000 et 2065 si les tendances actuelles se poursuivent.

Les menaces s'accumulent : l'ingestion de plastique contribue directement à la mortalité, le réchauffement des eaux repousse les bancs de poissons loin des colonies sans que les oiseaux aient l'endurance nécessaire pour les suivre, et l'espèce bioaccumule des métaux lourds comme le mercure et l'arsenic présents dans ses proies. S'ajoutent la prédation accrue par les goélands et les labbes, l'introduction de rats, chats, chiens et renards sur certaines îles de nidification, les noyades dans les filets de pêche et les marées noires, qui réduisent l'isolation du plumage et intoxiquent les oiseaux lors du lissage.

Certaines colonies illustrent la gravité de ces menaces : sur l'île de Lundy, les effectifs sont passés de 3 500 couples en 1939 à seulement 10 couples en 2000 à cause des rats qui dévoraient œufs et poussins ; leur éradication a permis un début de rétablissement, avec l'observation d'un premier poussin élevé en 2005 après trente ans d'absence. L'espèce bénéficie d'une protection au titre du Migratory Bird Act américain, et des programmes locaux comme SOS Puffin, sur les îles du Firth of Forth en Écosse, mobilisent des centaines de bénévoles pour éliminer la mauve arborescente qui envahit les pentes de nidification.

Statut de conservation

  1. LC
  2. NT
  3. VU
  4. EN
  5. CR

Vulnérable

Signification Culturelle

Pendant longtemps, les populations côtières de l'Atlantique Nord prélevaient les macareux dans leurs nids pour se nourrir, prenant les oisillons juste avant leur envol. Aujourd'hui, cette relation s'est largement transformée en écotourisme : dans le Maine, les visiteurs affluent chaque été pour observer ces oiseaux colorés, une activité dont les retombées touristiques globales ont été estimées à 4 milliards de dollars en 2012, et des tours similaires existent en Islande, dans les Hébrides et à Terre-Neuve.

L'espèce occupe aussi une place particulière dans la recherche scientifique en tant que bioindicateur des pollutions marines : en occupant un niveau élevé de la chaîne alimentaire, elle accumule dans ses tissus, ses œufs et ses plumes des polluants comme les métaux lourds, ce qui permet aux scientifiques d'évaluer l'état de contamination des océans et parfois de fournir des preuves utilisées dans des poursuites judiciaires contre des pollueurs.

Des centres comme le Project Puffin Visitor Center, à Rockland dans le Maine, entretiennent ce lien entre le public et l'espèce en diffusant des informations sur sa biologie et en donnant accès à des caméras en direct sur des colonies comme celle du Seal Island National Wildlife Refuge.

Le saviez-vous ?

  1. Le nom de genre Fratercula signifie « petit frère » en latin : les naturalistes européens y voyaient une allusion au plumage noir et blanc de l'oiseau, qui rappelle la robe des moines.
  2. Certains individus bagués ont vécu jusqu'à 45 ans, une longévité exceptionnelle pour un oiseau marin de cette taille.
  3. Un macareux suivi par géolocalisateur a parcouru 7 700 km en seulement huit mois, remontant vers le nord de la mer du Labrador avant de redescendre dans l'Atlantique moyen.
  4. L'allure du macareux moine aurait directement inspiré la créature fictive des « porgs » apparue dans la saga Star Wars.

Écologie

Habitat

  • Marin
  • Côtier
  • Prairie

Comportement

  • Prédateur
  • Territorial
  • Sociale
  • Migrateur

Régime alimentaire

  • Piscivore

Photos

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Un macareux moine adulte debout sur une falaise herbeuse, avec un bec triangulaire orange et gris, un plumage noir et blanc, et des pattes orange vif.Photo : via iNaturalist, licensed under CC0 1.0., CC0

SourcesGBIFiNaturalistWikidataWikipediaEncyclopedia of LifeAnimal Diversity WebAnAge