Ancêtre de la plupart des races d'oies domestiques, l'oie cendrée (Anser anser) est l'espèce type du genre Anser. Son nom de genre et son épithète viennent du latin anser, « oie ».
C'est une grande oie grise de la famille des Anatidae, de l'ordre des Anseriformes. Elle se reproduit dans les zones humides d'Europe et d'Asie, et plusieurs populations du nord de son aire migrent vers le sud pour l'hiver, tandis que beaucoup d'autres restent sur place, même au nord. Son statut de conservation UICN est préoccupation mineure.
Elle peut vivre jusqu'à . Sa domestication remonte à des milliers d'années, et ses migrations comme ses adaptations aux paysages agricoles en font une espèce riche à étudier.
Identification et Apparence
Le repère le plus utile est sa silhouette massive : c'est la plus grosse et la plus trapue des oies grises du genre Anser, avec un corps rond, un cou épais et long, une grosse tête et un bec imposant. Son plumage gris brun, plus sombre sur la tête et plus pâle sur la poitrine et le ventre, est parsemé de taches noires variables. Les pattes et les pieds sont roses, et le bec est orange ou rose, avec un ongle blanc ou brun.
Un adulte mesure de 74 à 91 centimètres de long, pour une envergure de 147 à 180 centimètres. Son poids varie de 2,16 à 4,56 kilogrammes, avec une moyenne d'environ . Les mâles sont en général plus grands que les femelles, et ce dimorphisme est plus marqué chez la sous-espèce orientale A. a. rubirostris.
En vol ou quand elle déploie les ailes au sol, on remarque le gris clair de l'avant-bras et du croupion, ainsi qu'une ligne blanche le long des flancs supérieurs. Les jeunes se distinguent par l'absence de taches noires sur la poitrine et le ventre, et par leurs pattes grisâtres. Les adultes présentent sur le cou des plumes plissées en « accordéon ».
Son cri est un fort caquètement, proche de celui de l'oie domestique, et les oisons émettent de petits pépiements. Lorsqu'elle est menacée ou irritée, l'oie siffle.
Distribution et Habitat
L'espèce occupe une aire paléarctique, qui couvre environ . La sous-espèce nominale niche en Islande, en Norvège, en Suède, au Danemark, en Finlande, dans les pays baltes, au nord de la Russie, en Pologne, dans l'est de la Hongrie, en Roumanie, en Allemagne et aux Pays-Bas. Elle niche aussi localement au Royaume-Uni, en Belgique, en Autriche et dans d'autres pays d'Europe. La sous-espèce orientale s'étend vers l'est à travers une large partie de l'Asie jusqu'en Chine.
Autrefois, les oies européennes hivernaient surtout dans le sud de l'Europe et en Afrique du Nord. Depuis quelques décennies, beaucoup restent dans leur aire de reproduction ou à proximité, jusqu'en Scandinavie. Les oies asiatiques migrent vers l'Azerbaïdjan, l'Iran, le Pakistan, le nord de l'Inde, le Bangladesh et la Chine. Quelques rares hivernantes atteignent la Corée du Sud et le Japon.
En Amérique du Nord, on trouve des oies domestiques redevenues sauvages, semblables à l'oie cendrée, ainsi que des individus vagabonds. En Nouvelle-Zélande et en Australie, des oiseaux échappés de fermes se sont établis à l'état sauvage, notamment dans l'est et le sud-est australien.
Pendant la reproduction, elle fréquente les landes parsemées de petits lacs, les marais, les tourbières et de petites îles au large. Elle recherche une couverture végétale dense de roseaux, de jones, de bruyères, de buissons et de saulaies. En hiver, elle privilégie les marais salants, les estuaires, les marais d'eau douce, les steppes, les champs inondés et les prairies proches des lacs et des cours d'eau. Chaque année, de nombreux jeunes oiseaux se rassemblent pour muer sur les îles Rone, près de Gotland, en mer Baltique.
Depuis les années 1950, la hausse des températures hivernales a conduit l'espèce à nicher dans le nord et le centre de l'Europe, et à raccourcir ses migrations, voire à devenir sédentaire. Elle peut ainsi revenir plus tôt au printemps pour installer ses territoires.

Comportement et Mode de Vie
L'oie cendrée est très sociable. Elle forme des groupes de tailles variées, des petites familles jusqu'à des vols de plusieurs milliers d'individus. Lors des longs déplacements, elle vole souvent en formation en V. Au sol, elle court vite et se déplace sans peine pour échapper aux prédateurs.
Elle est en grande partie herbivore et passe une bonne part de son temps à brouter, car son alimentation a une faible valeur nutritive. Les herbes courtes et en croissance sont les plus riches, et on la voit souvent paître dans les pâturages avec des moutons ou des vaches.
Les couples forment en général des liens monogames durables, souvent à vie. Entre 5 et 8 % des couples se séparent et se reforment avec d'autres oies. Les couples de mâles sont fréquents, et ils occupent souvent les rangs élevés du groupe grâce à leur force et à leur courage, ce qui a conduit certains chercheurs à supposer qu'ils protègent le troupeau.
Les familles se regroupent parfois après l'éclosion pour défendre les jeunes ensemble, par exemple en harcelant les prédateurs. Après avoir chassé un intrus, le mâle revient vers sa compagne en poussant un « cri de triomphe », un honk sonore suivi d'un cacardement grave, le cou tendu à l'horizontale.
Communication
Les oies communiquent surtout par la voix. Leur cri principal est un caquètement sonore, prononcé au sol ou en vol, dont il existe plusieurs variantes selon les circonstances. Les individus semblent reconnaître les voix d'autres oies connues, et le bruit d'un vol ressemble à l'aboiement d'une meute de chiens.
Le cri de triomphe du mâle, un honk suivi d'un cacardement grave, est repris par la femelle et même par les jeunes non emplumés. Il sert à célébrer la défaite d'un prédateur et à souder le groupe.
Les oisons sifflent ou pépient doucement, et les adultes sifflent lorsqu'ils sont menacés ou en colère. Les oies perçoivent aussi leur environnement par la vue, le toucher et l'odorat, mais le son reste leur principal moyen de coordination.
Enregistrements
alarm call · Czech Republic · Petr Holecek · Public domain
· Sweden · Grégoire Chauvot · Public domain
Régime Alimentaire et Nutrition
L'oie cendrée est herbivore. Son régime repose surtout sur les graminées, les rhizomes des plantes de marais et les racines. Elle consomme aussi des graines, des céréales tombées dans les chaumes, des feuilles, des fruits et des algues.
En hiver, elle mange des herbes et des feuilles, mais elle glane aussi les grains sur les chaumes et s'attaque parfois aux cultures, surtout la nuit. Parmi les cultures consommées figurent l'avoine, le blé, l'orge, le sarrasin, les lentilles, les pois et les racines.
Les tubercules, comme ceux du scirpe maritime, sont également recherchés. Dans les années 1940, l'espèce a imité l'oie à pieds roses et s'est mise à fouiller les champs labourés pour trouver des pommes de terre. Elle consomme aussi de petits poissons, des amphibiens, des crustacés, des mollusques et des insectes, et sur le littoral, elle peut manger de la zostère.
Nidification et Reproduction
La saison de reproduction commence tôt : en Islande, dès début mai, et en Écosse, vers la fin avril, un peu plus tôt encore en Europe centrale. Les couples choisissent des sites élevés ou marécageux, ou de petites îles, pour protéger les œufs et les jeunes des prédateurs. Le nid est aménagé au sol, parmi les bruyères, les joncs, les arbustes ou les roseaux, ou sur un radeau de végétation flottante. Il est construit avec des roseaux, des brins de bruyère, des herbes, de la mousse, de petites plumes et du duvet.
La ponte compte généralement quatre à six œufs, mais elle peut aller de trois à douze. Les œufs, blanc crème au départ, se tachent vite et mesurent en moyenne 85 sur 58 millimètres. Ils sont pondus presque chaque jour, et l'incubation ne commence qu'après le dernier œuf. La femelle couve seule pendant 27 à 28 jours, pendant que le mâle veille à proximité.
Les oisons sont nidifuges : ils quittent le nid peu après l'éclosion, une fois sécher. Les deux parents s'en occupent, leur apprennent à picorer et les guident. Vers huit à neuf semaines, les jeunes volent, au moment où les parents recouvrent leur capacité de voler après la mue de leurs rémiges.
Les oiseaux atteignent la maturité sexuelle entre deux et trois ans, le plus souvent à trois ans.
Population et Rôle Écologique
L'oie cendrée était très commune en Europe de l'Ouest, mais le drainage des marais a fait chuter ses effectifs. Elle s'est depuis nettement redressée : ses troupeaux comptent aujourd'hui parfois des dizaines de milliers d'individus.
Dans certaines régions, la croissance est spectaculaire. En Norvège, le nombre d'oies a été multiplié par trois à cinq entre 1995 et 2015. Aux Orcades, les couples nicheurs sont passés de 300 à 10 000 en 2009, puis à 64 000 en 2019.
Dans les écosystèmes, elle est à la fois consommatrice de végétation et proie. Les renards, les loups, les corbeaux et les grands rapaces comme le pygargue à queue blanche comptent parmi ses prédateurs, et les grands échassiers, les cigognes et les goélands prélèvent aussi des œufs ou des jeunes.
Domestication et Histoire Humaine
L'oie cendrée a été domestiquée il y a des milliers d'années. Elle est l'ancêtre de la plupart des races d'oies domestiques, et sa domestication est attestée au plus tard en 1360 avant notre ère.
Les éleveurs l'ont exploitée pour sa viande, très savoureuse, et pour son duvet. Ce duvet, composé de plumes souples, sert à garnir les oreillers, les couettes, les vêtements d'extérieur, les sacs de couchage et les matériaux isolants.
Aujourd'hui, l'oie domestique reste un animal d'élevage et de production alimentaire, et l'oie cendrée sauvage continue de peupler les campagnes européennes.
Conservation et Menaces
L'oie cendrée est classée préoccupation mineure par l'UICN, ce qui signifie que l'espèce n'est pas menacée à l'échelle mondiale. Elle ne bénéficie d'aucun statut particulier aux États-Unis, ni dans la liste fédérale américaine, ni à la CITES.
La principale menace historique a été la disparition des marais, qui a fait fortement reculer ses effectifs en Europe de l'Ouest. Dans certaines régions, la croissance rapide des populations a désormais des conséquences : les dégâts aux cultures et aux pâturages des agriculteurs se sont multipliés. Aux Orcades, les dégâts sur les cultures ont conduit à une saison de chasse qui dure presque toute l'année.
La population a nettement progressé, et ses troupeaux atteignent parfois des dizaines de milliers d'individus. Le maintien des zones humides reste la meilleure garantie pour ses habitats de reproduction et d'hivernage.
Photos
Photographies de via iNaturalist, licensed under CC0 1.0., by s_schizik via iNaturalist, licensed under CC BY 4.0., by Bernd De Bosscher via iNaturalist, licensed under CC BY 4.0. et by Coralie via iNaturalist, licensed under CC BY 4.0., créditées sur chaque photo.
Écologie et classification
Classification
- Embranchement
- Chordata
- Classe
- Aves
- Ordre
- Anseriformes
- Famille
- Anatidae
- Genre
- Anser
- Espèce
- Anser anser
Sources
- GBIF Species names and classification
- iNaturalist Photos
- Wikidata Common names and conservation status
- Wikipedia Summary extract
- Xeno-canto Audio recordings
- Animal Diversity Web Animal habitat, behavior and diet
- AnAge Longevity
- AVONET Bird mass, habitat, migration, diet and range size
- GloBI What it eats, what eats it, parasites and pollinators
- trophiCH
- Wardeh et al. 2015 (EID2)
- HWML Parasite Collection
- TETRA-EU


