Selon une légende anglaise, les branches noueuses et entrelacées de cet arbre auraient tant intrigué un singe tentant d'y grimper qu'elles lui auraient valu le surnom de « monkey puzzle », le casse-tête du singe.
C'est un conifère de la famille des Araucariaceae, originaire du centre et du sud du Chili ainsi que de l'ouest de l'Argentine, où il pousse sur les contreforts andins. Il s'agit de l'espèce la plus rustique du genre Araucaria, capable de supporter des froids que ses cousins ne tolèrent pas, ce qui explique sa présence bien au-delà de son aire d'origine, jusqu'en Europe du Nord.
Sacré pour le peuple mapuche qui le nomme pehuén, cet arbre mêle mythes anciens, adaptations au feu et menaces bien réelles pesant sur ses forêts andines, ce qui en fait un sujet à la fois fascinant et fragile.
Identification et Apparence
Le trait le plus reconnaissable de cet arbre est son feuillage : des feuilles épaisses, coriaces et en forme d'écailles triangulaires, longues de 3 à 4 cm et larges de 1 à 3 cm à la base, aux bords et à la pointe tranchants. Elles restent attachées jusqu'à 24 ans, si bien qu'elles recouvrent presque tout l'arbre à l'exception des branches les plus âgées.
L'arbre atteint 30 à 40 m de hauteur pour un tronc de 1 à 1,5 m de diamètre. Son écorce, épaisse de jusqu'à 15 cm, pourrait constituer une adaptation aux incendies de forêt.
L'espèce est généralement dioïque, avec des cônes mâles et femelles portés par des arbres séparés, bien que certains individus portent occasionnellement les deux sexes. Les cônes mâles, allongés et en forme de concombre, mesurent d'abord 4 cm puis s'étendent à 8-12 cm de long sur 5-6 cm de large au moment de la libération du pollen, assurée par le vent. Les cônes femelles, globuleux et volumineux (12 à 20 cm de diamètre), renferment environ 200 graines et mûrissent en automne, environ 18 mois après la pollinisation, avant de se désagréger pour libérer des graines en forme de noix longues de 3 à 4 cm.
Distribution et Habitat
L'araucaria du Chili occupe les versants inférieurs des Andes du centre-sud chilien et argentin, entre environ 1 000 et 1 700 m d'altitude. Dans la cordillère côtière chilienne, on le trouve encore plus au sud, jusqu'à Villa Las Araucarias (38° 30' S), à seulement 640 m d'altitude.
Il pousse souvent en forêts mixtes avec le Nothofagus pumilio, un arbre à feuilles caduques, ses hauts troncs droits émergeant au-dessus de la canopée de cette espèce plus basse. Il préfère les sols volcaniques bien drainés et légèrement acides, mais tolère presque tous les types de sol pourvu qu'ils soient drainés. Les jeunes plants ont un port pyramidal ou conique qui évolue naturellement, à maturité, vers la silhouette caractéristique en ombrelle.
Les semis peinent à s'établir sauf dans une trouée de canopée ou un espace exposé et isolé : l'espèce est presque absente des zones où poussent le bambou Chusquea culeou, le Nothofagus dombeyi ou le Nothofagus pumilio, qui la concurrencent efficacement.
Les observations mensuelles disponibles montrent un pic en avril et un niveau élevé en janvier et en août, avec un creux marqué en novembre ; il s'agit toutefois de simples données de présence, qui reflètent l'effort d'observation plutôt que l'abondance réelle de l'espèce ou l'étendue complète de son aire.

Reproduction et Cycle de Vie
Araucaria araucana est une espèce à fructification synchronisée et irrégulière (masting), et les rongeurs jouent un rôle essentiel dans la consommation et la dispersion de ses graines. La souris à poils longs, Abrothrix longipilis, est le principal agent de dispersion : contrairement à d'autres animaux, elle enterre les graines entières dans des sites favorables à leur germination.
La perruche australe est un autre disperseur important. Les arbres adultes résistent bien aux grandes perturbations écologiques comme les éruptions volcaniques, et après de tels événements, ces perruches jouent un rôle clé en dispersant les graines loin des zones affectées, permettant à l'espèce de recoloniser le territoire.
Usages et Relations avec l’Homme
Au Chili, l'arbre est appelé pehuén et revêt une haute portée religieuse pour les populations locales. Selon une croyance mapuche, parler en passant devant l'arbre porterait malheur ou ferait pousser une queue de singe à celui qui enfreint cette règle. Pour ce peuple, le pehuén est un être sacré, pourvoyeur de nourriture grâce au piñón, et un symbole de sagesse, de résilience et de lien profond avec la terre.
Devenu un arbre d'ornement apprécié pour l'effet insolite de ses branches épaisses et « reptiliennes » à la symétrie marquée, il tolère des températures descendant jusqu'à environ -20 °C et pousse aujourd'hui en Europe occidentale et centrale, sur la côte ouest et est de l'Amérique du Nord, jusqu'en Alaska et à Long Island, ainsi qu'en Nouvelle-Zélande et dans le sud-est de l'Australie. Il supporte les embruns marins mais pas la pollution atmosphérique, et s'est même naturalisé au Royaume-Uni, avec de jeunes semis spontanés notamment dans les bois de Kyloe, dans le Northumberland.
Autrefois prisé pour son tronc long et droit, son bois, durable et résistant à la pourriture, servait à fabriquer des traverses de chemin de fer, des placages et du contreplaqué, avant que son exploitation ne soit interdite par la loi en 1990. L'espèce est aujourd'hui inscrite à l'Annexe I de la CITES, ce qui interdit le commerce international de spécimens sauvages. Au XIXe siècle, le botaniste William Lobb avait rapporté en Angleterre des milliers de graines collectées dans la région d'Araucanía pour le compte des pépinières Veitch, à l'origine de nombreux spécimens plantés en Europe.
Conservation et Menaces
L'exploitation forestière, longtemps la principale menace pesant sur l'espèce, a finalement été interdite en 1990. Mais d'importants incendies ont ravagé des milliers d'hectares de forêts d'araucarias en 2001-2002, touchant aussi des zones de parcs nationaux et détruisant des arbres vieux de plus de 1 300 ans.
Le surpâturage et les arbres envahissants constituent d'autres menaces, tout comme la récolte intensive des piñones par l'homme, qui peut empêcher la régénération de nouveaux arbres. La présence de mammifères non indigènes consommateurs de graines restreindrait la reproduction de l'arbre, bien que l'ampleur réelle de cette menace reste débattue : une étude a montré que les espèces indigènes jouaient un rôle plus important que les espèces introduites dans la destruction des graines, peut-être en raison de l'introduction encore récente de certaines espèces non natives. L'élevage bovin pratiqué par de petits propriétaires comme par de grandes entreprises forestières nuit également, selon une autre étude, à la régénération des semis dans l'aire de répartition de l'espèce.
L'espèce a été évaluée sur la Liste rouge de l'UICN par Premoli, Quiroga et Gardner en 2013.
Le saviez-vous ?
- Le surnom anglais « monkey puzzle », littéralement « casse-tête du singe », viendrait d'une légende selon laquelle les branches enchevêtrées de l'arbre auraient dérouté un singe cherchant à y grimper.
- Chez les Mapuche, une croyance veut que parler en passant devant l'arbre porte malheur ou fasse pousser une queue de singe à l'imprudent.
- L'Araucaria araucana est l'arbre national du Chili.
- Ses graines, appelées piñones, ressemblent à des pignons de pin mais sont bien plus grandes : des graines grillées provenant de deux arbres différents mesuraient 5 cm et 3 cm de long.
- L'espèce s'est naturalisée au Royaume-Uni, avec de jeunes semis spontanés observés notamment dans les bois de Kyloe, dans le Northumberland.
- C'est l'espèce la plus rustique de tout le genre Araucaria, capable de tolérer des températures descendant jusqu'à environ -20 °C.
Écologie
Habitat
- Forêt
- Montagne
Port
- Arbre



