Le Atelopus zeteki a probablement disparu à l'état sauvage depuis 2007, terrassé en quelques années seulement par une maladie fongique apparue dans les forêts nuageuses du centre-ouest du Panama.
Classé parmi les crapauds véritables de la famille des Bufonidae malgré son nom d'usage de « grenouille dorée », Atelopus zeteki est endémique du Panama, où il vivait le long des cours d'eau des pentes montagneuses de la cordillère. L'Union internationale pour la conservation de la nature le classe En danger critique d'extinction.
Symbole national du Panama et objet de nombreuses légendes locales, cette espèce doit aujourd'hui sa survie aux programmes d'élevage en captivité menés de part et d'autre de son aire d'origine.
Identification et Apparence
La couleur est le signe le plus évident de cette espèce : la peau varie du jaune-vert clair à l'or éclatant, certains individus portant des taches noires sur le dos et les pattes. Cette livrée voyante n'est pas décorative : elle signale la toxicité de l'animal aux prédateurs potentiels.
Les femelles sont plus grandes que les mâles. Elles mesurent de 45 à 63 mm pour un poids de 4 à 15 g, contre 35 à 48 mm et 3 à 12 g chez les mâles.
Bien qu'on l'appelle communément « grenouille dorée », il s'agit en réalité d'un crapaud véritable, membre de la famille des Bufonidae. L'espèce a d'abord été décrite comme une sous-espèce d'Atelopus varius, avant d'être élevée au rang d'espèce distincte.
Distribution et Habitat
L'espèce est endémique du Panama, où elle occupe les abords des cours d'eau montagnards sur le versant oriental de la cordillère de Tabasará, dans les provinces de Coclé et de Panamá.
Son aire de répartition s'étendait autrefois plus à l'est, jusqu'à la ville d'El Copé, dans l'ouest de la province de Coclé, avant que la chytridiomycose, une maladie fongique, ne provoque l'effondrement rapide de cette population en 2004.
Chaque année, l'habitat de l'espèce recule sous la pression des petites exploitations agricoles, de l'agriculture commerciale, de l'exploitation forestière, de l'élevage et du développement immobilier. Plus de 50 institutions d'Amérique du Nord et du Panama maintiennent aujourd'hui des populations en captivité.
Les signalements d'observation compilés par GBIF, qui ne mesurent que la présence et non l'abondance, montrent un pic marqué en janvier (188 observations) suivi d'un creux presque total entre août et octobre. Étant donné le probable statut d'espèce disparue à l'état sauvage, ce schéma reflète sans doute davantage l'effort de recherche ou les observations en captivité que la présence saisonnière réelle dans la nature.

Comportement et Mode de Vie
Les mâles adultes sont farouchement territoriaux et occupent le même site tout au long de leur vie. Toute intrusion d'un rival déclenche des vocalisations d'avertissement puis, si nécessaire, des affrontements directs, les mâles agitant leurs pattes antérieures en signe de défense.
Pour socialiser comme pour défendre leur territoire, ces crapauds combinent des sons émis depuis la gorge à un langage gestuel appelé sémaphore, consistant à agiter les pattes. Fait inhabituel chez les amphibiens, l'espèce est totalement dépourvue de tympan, mais elle reste capable de localiser l'origine d'un son et de répondre par un appel pulsé caractéristique, alternant fréquences basses et hautes.
Face à un prédateur, l'animal agite et soulève une patte pour exposer sa coloration vive, un signal de toxicité destiné à décourager toute attaque. Si la menace persiste, la fréquence et l'intensité des signaux augmentent. Cette défense n'est pas infaillible : le serpent colubridé Erythrolamprus epinephalus est capable de métaboliser le poison et de s'attaquer malgré tout au crapaud.
Actifs au sol le jour, les mâles adultes se réfugient dans les arbres la nuit, une stratégie qui leur permet de détecter l'approche d'un prédateur nocturne par le bruit ou les vibrations de la branche, alors que la seule coloration d'avertissement perd son efficacité dans l'obscurité.
Population et Rôle Écologique
Faute d'observations récentes, aucune estimation fiable de la population sauvage n'existe plus : l'espèce serait éteinte dans son habitat naturel depuis 2007. Dans de bonnes conditions, un individu peut vivre jusqu'à 12 ans.
Le rôle écologique de l'espèce est intimement lié aux cours d'eau rapides qui traversent son habitat : son système de communication par sémaphore aurait justement évolué pour compenser le bruit constant de ces torrents, qui rend les signaux sonores seuls insuffisants. Les têtards, qui se nourrissent d'algues durant six à sept mois de développement aquatique, contribuent au recyclage de la matière organique dans les bassins peu profonds situés sous les cascades.
Cette dépendance au cours d'eau marque tout le cycle de vie : les juvéniles ne s'éloignent presque jamais de plus de deux mètres du ruisseau, tandis que les sous-adultes et les adultes s'aventurent progressivement plus loin, gagnant en altitude et se réfugiant dans la végétation. Cette étroite association avec les torrents de montagne fait de l'espèce un bon indicateur de la santé de ces écosystèmes d'altitude.
Conservation et Menaces
Classé En danger critique d'extinction par l'UICN, Atelopus zeteki a commencé à disparaître de ses forêts d'altitude à la fin des années 1990. Il a été filmé pour la dernière fois à l'état sauvage en 2006, par la BBC pour la série Life in Cold Blood de David Attenborough ; le lieu de tournage a été gardé secret pour protéger les derniers individus des collectionneurs.
La principale menace reste la chytridiomycose, une infection fongique invasive apparue à El Valle en 2006 et pour laquelle aucun remède efficace n'existe à ce jour en milieu naturel : une tentative de traitement par la bactérie Janthinobacterium lividum a échoué, la peau de l'espèce s'étant révélée incompatible avec ce traitement. À cette maladie s'ajoutent la destruction de l'habitat par l'urbanisation et l'agriculture, la pollution, le commerce illégal d'animaux de compagnie et l'aquaculture.
Plusieurs initiatives tentent de sauver l'espèce. L'Amphibian Recovery Conservation Coalition a exporté des individus vers les États-Unis dès 2004, tandis que le zoo de Houston a fondé en 2005 le El Valle Amphibian Conservation Center au Panama même. Le zoo de San Diego, qui a reçu ses premiers individus en 2003, a depuis reproduit avec succès 500 individus en captivité, sans les relâcher tant que la maladie reste présente dans la nature, et finance par ailleurs des actions de conservation au Panama. Le Project Golden Frog coordonne quant à lui des actions scientifiques, éducatives et de sensibilisation entre institutions panaméennes et américaines.
Statut de conservation
- LC
- NT
- VU
- EN
- CR
En danger critique
Signification Culturelle
Au Panama, Atelopus zeteki est un véritable emblème national, présent dans l'art, le folklore et jusque sur les billets de loterie. La croyance populaire veut qu'à sa mort, l'animal se transforme en or et porte chance à quiconque a la chance de l'apercevoir vivant, une légende qui trouve son origine dans les huacas, des talismans d'or et d'argile sculptés par les peuples précolombiens à l'effigie du crapaud doré.
Depuis 2010, le gouvernement panaméen a officiellement instauré le 14 août comme « Journée nationale de la grenouille dorée », célébrée par un défilé dans les rues d'El Valle de Antón et par une exposition au El Valle Amphibian Conservation Center, au zoo d'El Nispero. Plus largement, les grenouilles arlequins du genre Atelopus apparaissent dans le folklore et la mythologie de plusieurs peuples autochtones d'Amérique centrale et du Sud, où elles peuvent être associées à la pluie ou à la fertilité.
La peau de l'espèce contient plusieurs toxines puissantes, dont la zétékitoxine AB, un bloqueur des canaux sodiques bien plus puissant que ses analogues. Les peuples autochtones des forêts panaméennes l'ont utilisée pendant des siècles pour empoisonner leurs flèches de chasse.
Le saviez-vous ?
- La zétékitoxine AB, présente dans la peau de l'animal, bloque les canaux sodiques avec une puissance plusieurs ordres de grandeur supérieure à celle de la saxitoxine ; chez la souris, une forte dose peut provoquer la mort en 20 à 30 minutes, précédée de convulsions.
- Un sous-adulte typique ne mesure encore que 28,3 mm et ne pèse que 1,1 g, bien loin de la taille adulte.
- Selon certaines observations, des conditions sèches prolongeraient en moyenne de 25 jours la survie d'un individu infecté par la chytridiomycose, contre seulement 4 jours dans des conditions plus chaudes.
- L'espèce porte plusieurs noms selon les sources : crapaud doré du Panama, grenouille dorée de Zetek ou encore crapaud à pieds trapus du Cerro Campana.
Écologie
Habitat
- Forêt
- Montagne
- Eau douce
Comportement
- Solitaire
- Territorial
- Diurne
- Semi-aquatique



