Aucune femelle de cette espèce n'a jamais été observée, et pourtant plusieurs centaines de plants identiques poussent aujourd'hui dans les jardins botaniques du monde entier : tous sont des clones d'un seul individu mâle. Encephalartos woodii est un cycad de la famille des Zamiaceae, originaire de la forêt d'oNgoye, au KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud. Il est classé « Éteint à l'état sauvage » par l'UICN, ce qui signifie qu'il ne survit plus aujourd'hui que grâce à la culture humaine.
Cette plante doit son nom à John Medley Wood, conservateur du jardin botanique de Durban, qui la découvrit à la fin du XIXe siècle et la qualifia de « la plus belle de tous les Encephalartos ». Son histoire, faite de disparition, de clonage et d'espoir déçu, en fait l'un des végétaux les plus singuliers de la planète.
Identification et Apparence
Le trait le plus reconnaissable de Encephalartos woodii est son allure de palmier, surmonté d'une couronne dense de 50 à 150 feuilles et, chez les plants matures, de cônes mâles cylindriques d'un orange-jaune vif. La plante peut atteindre 6 mètres de hauteur, avec un tronc de 30 à 50 centimètres de diamètre, plus épais à sa base.
Les feuilles, lustrées et vert foncé, mesurent entre 150 et 250 centimètres de long. Elles sont carénées et portent 70 à 150 folioles falciformes (en forme de faucille), longues de 13 à 15 centimètres et larges de 20 à 30 millimètres.
L'espèce est dioïque, c'est-à-dire qu'elle devrait comporter des plants mâles et des plants femelles distincts ; pourtant, seul le sexe mâle a jamais été observé. Les strobiles mâles sont cylindriques, longs de 20 à 40 centimètres en moyenne (exceptionnellement jusqu'à 120 centimètres), et larges de 15 à 25 centimètres. Un même plant peut porter simultanément six à huit de ces cônes.
Distribution et Habitat
Encephalartos woodii était endémique d'un site unique, en lisière de la forêt d'oNgoye, au KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, sur un versant escarpé exposé au sud. Le climat local se caractérise par des étés chauds et des hivers doux, avec des précipitations annuelles comprises entre 750 et 1 000 millimètres.
Découvert par John Medley Wood en 1895 sous la forme d'un plant à quatre troncs, ce cycad fut progressivement démembré par les botanistes eux-mêmes : des rejets basaux furent prélevés dès 1899 pour Kew Gardens, puis en 1903 pour les jardins botaniques de Durban, et en 1907 pour d'autres collections. En 1912, il ne restait plus qu'un seul tronc de 3 mètres de hauteur sur le site d'origine ; il fut retiré en 1916 et transféré à Pretoria, où il serait mort en 1964, scellant l'extinction de l'espèce à l'état sauvage.
Aujourd'hui, on estime à environ 500 le nombre d'individus existants, tous des clones du plant original, conservés dans des jardins botaniques comme ceux de Durban, Kirstenbosch, Kew, Glasnevin, Amsterdam, Naples, Longwood Gardens (Pennsylvanie) ou Lotusland (Californie). L'espèce se montre relativement vigoureuse et rapide en culture pour un Encephalartos, et plusieurs hybrides ont été produits avec E. gratus, E. natalensis, E. transvenosus, E. arenarius et E. horridus.
Les observations mensuelles disponibles, qui ne concernent que des plants cultivés et ne renseignent en rien sur une population sauvage, montrent une répartition irrégulière au fil de l'année avec un pic en octobre ; il s'agit de simples présences signalées, non d'une mesure d'abondance.

Reproduction et Cycle de Vie
En l'absence de toute femelle connue, Encephalartos woodii ne peut pas se reproduire naturellement par graines. Sa seule voie de multiplication est végétative, par le développement de rejets basaux (drageons) qui croissent rapidement à la base du tronc et que l'on prélève pour créer de nouveaux plants clonés.
Des croisements fertiles ont été obtenus avec Encephalartos natalensis. Une technique de rétrocroisement a été envisagée : en croisant chaque génération d'hybrides avec un mâle de E. woodii et en répétant l'opération plusieurs fois, on obtiendrait des descendantes femelles ressemblant de plus en plus à ce qu'aurait été une femelle de l'espèce.
Cependant, l'analyse de l'ADN chloroplastique des hybrides de première génération a montré que les chloroplastes sont systématiquement hérités de la mère E. natalensis. Même après de nombreuses générations de rétrocroisement, les descendants porteraient donc toujours ces chloroplastes étrangers et ne pourraient jamais être considérés comme de véritables Encephalartos woodii « purs ».
Usages et Relations avec l’Homme
Encephalartos woodii a marqué l'imagination collective au-delà du seul cercle des botanistes. Il est régulièrement présenté dans les médias comme un symbole de solitude et d'unicité, en raison de son statut de dernier représentant mâle connu d'une lignée sans descendance femelle.
Conservation et Menaces
Le statut « Éteint à l'état sauvage » attribué par l'UICN signifie qu'aucune population naturelle de Encephalartos woodii ne subsiste : l'espèce ne survit que grâce aux plants cultivés dans les collections et jardins botaniques. Malgré de nombreuses expéditions menées dans la région d'oNgoye-Mtunzini, aucun autre spécimen n'a jamais été retrouvé.
La menace principale a déjà accompli son œuvre : le prélèvement complet, par les botanistes eux-mêmes, de l'unique plant sauvage connu, dont le dernier tronc a été retiré du site en 1916. L'absence de tout plant femelle rend désormais impossible toute reconstitution naturelle de la population, ce qui verrouille définitivement le statut d'extinction dans la nature.
L'espèce bénéficie néanmoins d'un encadrement légal strict. En Afrique du Sud, un permis des autorités de conservation de la nature est requis pour déplacer, vendre, acheter, donner, recevoir, cultiver ou posséder un cycad adulte classé comme flore menacée. À l'échelle internationale, toutes les espèces et hybrides d'Encephalartos figurent à l'Annexe I de la CITES, ce qui interdit le commerce de matériel prélevé dans la nature et impose un permis d'exportation et d'importation pour tout transfert transfrontalier de plants cultivés, de cônes, de pollen ou de graines.
Statut de conservation
- EW
Éteint à l'état sauvage
Le saviez-vous ?
- Le plant conservé à Kew Gardens depuis 1899 a produit son premier cône mâle en septembre 2004, plus d'un siècle après son arrivée.
- Le spécimen des jardins de Longwood, aux États-Unis, provient d'un rejet envoyé depuis Durban en 1969 et produit ses cônes au début de l'hiver.
- Deux des grands troncs prélevés par James Wylie lors de l'expédition de 1907 sont toujours visibles aujourd'hui dans les jardins botaniques de Durban.
- John Medley Wood décrivait ce cycad comme « le plus beau de tous les Encephalartos » lors de sa découverte en 1895.
- Plusieurs hybrides ont été créés en croisant Encephalartos woodii avec d'autres espèces du genre, notamment E. natalensis, E. gratus et E. horridus, dans des collections en Afrique du Sud, en Italie et aux États-Unis.
- Pour un Encephalartos, cette espèce se montre étonnamment vigoureuse et rapide en culture.
Écologie
Habitat
- Forêt
Port
- Arbre



