Le lichen des rennes tolère aussi bien les rigueurs de la toundra alpine que certains climats chauds et bien drainés, une plasticité écologique peu commune pour un organisme fixé au sol. Cette robustesse, associée à une résistance extrême au froid, lui permet de coloniser des milieux où peu d'autres organismes photosynthétiques survivent.
Classé dans la famille des Cladoniaceae, au sein de l'ordre des Lecanorales et de la classe des Lecanoromycetes, ce lichen fruticuleux appartient au règne des Fungi. On le rencontre principalement dans les zones de toundra alpine, où il forme des tapis étendus au sol.
Sa lenteur de croissance et sa capacité à subsister dans des conditions extrêmes en font un indicateur précieux de la santé des écosystèmes boréaux et un élément culturel majeur pour les peuples du Nord.
Sporophore et Identification
Le thalle fruticuleux de Cladonia rangiferina se distingue par une ramification dense et régulière : chaque branche se divise généralement en trois ou quatre segments, parfois deux, formant une structure buissonnante. Les branches les plus épaisses mesurent 1 à 1,5 millimètre de diamètre, et la coloration varie du gris blanchâtre au gris brunâtre. L'ensemble forme des tapis pouvant atteindre 10 centimètres de hauteur.
L'angle de ramification, plus resserré que chez Cladonia portentosa, espèce similaire portant aussi le nom commun de « lichen des rennes », permet de distinguer les deux taxons sur le terrain.
Contrairement à de nombreux lichens, Cladonia rangiferina ne possède pas de cortex bien défini : une couche lâche d'hyphes recouvre simplement les cellules photobiontiques, ici l'algue verte Trebouxia irregularis. Chez les individus fertiles, les extrémités des branches se divisent en petits amas en forme d'ombrelle, portant des apothécies souvent dissimulées juste sous les pointes de croissance actives, au cœur du coussin lichénique.
La croissance est lente, entre 3 et 11 millimètres par an, et une population endommagée par le surpâturage, le feu ou le piétinement peut nécessiter des décennies pour se reconstituer. Le thalle produit plusieurs composés secondaires, dont l'atranorine et l'acide fumarprotocétrarique, ainsi qu'une série de diterpénoïdes et autres molécules bioactives qui montrent une activité inhibitrice modérée contre le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline et les entérocoques résistants à la vancomycine.
Distribution et Habitat
Cladonia rangiferina domine souvent le sol des forêts boréales de pins et des sites alpins ouverts, occupant une large gamme de milieux : forêts humides et claires, affleurements rocheux et landes. Il colonise l'humus ou le sol superficiel recouvrant la roche, principalement dans la taïga et la toundra, notamment dans les forêts boréales du Canada.
Au Népal, l'espèce a été signalée entre 3 400 et 4 500 mètres d'altitude, une répartition qui s'étend au-dessus de la limite forestière retenue dans les relevés compilés.
Sa tolérance au stress est exceptionnelle : le lichen continue de respirer même après une immersion dans l'azote liquide, une dessiccation sévère, une exposition à une salinité saturée ou des températures atteignant -40°C, ce qui explique sa présence jusque dans les environnements les plus rigoureux de l'hémisphère nord.
Les signalements d'observation culminent nettement entre juin et août, avec un pic à plus de 8 900 observations en juillet, et chutent fortement en hiver. Ces chiffres, tirés de bases d'occurrence comme GBIF, reflètent la présence observée et l'effort de prospection sur le terrain plutôt qu'une abondance réelle ou une aire de répartition complète.

Écologie et Interactions
La fertilité de Cladonia rangiferina dépend fortement du microclimat. Dans les sites bien alimentés en eau et à forte humidité atmosphérique, les coussins développent de nombreuses apothécies et des podétions pouvant atteindre 12 centimètres, tandis que dans les milieux plus secs, les thalles fertiles sont plus rares et les podétions ne dépassent guère 4 à 6 centimètres.
Une étude finlandaise a mesuré une croissance annuelle de 3,9 à 4,4 millimètres, la plus rapide dans les jeunes forêts ombragées de moins de 60 ans, et la plus lente dans les forêts éclaircies de plus de 180 ans.
Le lichen héberge plusieurs champignons lichénicoles spécialisés, dont Lichenopeltella rangiferinae — nommé d'après lui —, ainsi que Lichenoconium pyxidatae et Lichenopeltella uncialicola, qui se développent à ses dépens.
Usages et Histoire Culturelle
Bien que comestible, Cladonia rangiferina est croquant et amer à l'état brut ; un trempage dans des cendres de bois permet d'en atténuer l'amertume avant de l'ajouter au lait ou à d'autres préparations. Il constitue par ailleurs une source de vitamine D. Les acides qu'il contient peuvent provoquer des troubles digestifs s'il n'est pas suffisamment cuit.
Les Dena'ina de l'intérieur de l'Alaska le préparent en écrasant le lichen séché, puis en le faisant bouillir ou tremper dans l'eau chaude jusqu'à ce qu'il s'attendrisse ; ils le consomment nature ou, de préférence, mélangé à des baies, des œufs de poisson ou du saindoux. Ils font aussi bouillir le lichen pour en boire le jus comme remède contre la diarrhée. Dans les régions alpines du district de West Kameng, dans l'Himalaya oriental, les Monpa l'utilisent comme remède traditionnel pour l'élimination des calculs rénaux.
Ce lichen entre aussi dans la fabrication de l'aquavit et sert parfois de décoration dans les vitraux. En modélisme ferroviaire, il est employé pour figurer des buissons ou des arbres miniatures. Une étude publiée en 2017 a montré qu'il pouvait recoloniser un sol brûlé en à peine deux ans dans le nord de la Suède, suggérant qu'une replantation artificielle pourrait aider à restaurer les pâturages à rennes après incendie.
Conservation et Menaces
Aucune évaluation mondiale de l'UICN n'accompagne les données disponibles, mais Cladonia rangiferina est considéré comme en danger dans certaines parties de son aire de répartition. C'est notamment le cas dans le duché britannique de Cornouailles, où l'espèce bénéficie d'une protection au titre du plan d'action pour la biodiversité du Royaume-Uni (UK Biodiversity Action Plan).
Le saviez-vous ?
- Le nom scientifique complet, Cladonia rangiferina (L.) Weber ex Wigg., témoigne d'une histoire taxonomique remaniée à plusieurs reprises depuis sa première description.
- Malgré son nom commun de « mousse des rennes », il ne s'agit pas d'une mousse mais d'un lichen, association symbiotique entre un champignon et une algue.
- Des expériences de resynthèse ont permis de cultiver séparément le champignon et l'algue partenaires, puis de les réunir en laboratoire pour observer les premières étapes de la lichénisation.
- Le lichen contient de l'acide usnique, un composé secondaire aux propriétés bioactives documentées.
- Chez certains peuples du Nord dont l'élevage de rennes rythme la vie, ce lichen symbolise la résilience et la subsistance, intégré à leur identité culturelle liée aux cycles saisonniers.
Écologie
Habitat
- Forêt
- Broussaille
- Montagne
- Toundra



